Rapport
La bande de Gaza est à deux doigts de la crise humanitaire, alors que les cinq années du blocus israélien du territoire ont été exacerbées par une controverse sur les fournitures de carburant. Les jeunes Gazaouis sont sur la ligne de front de cette crise, car des services, comme l’eau et l’électricité, ainsi qu’un régime alimentaire inadéquat, entraînent des taux d’anémie et de diarrhée galopants.
Hady Mattar est un garçon de cinq ans jouant parmi des centaines d’enfants dans une rue à Gaza. Il se remarque, aisément, parmi ses pairs, car ses mains sont couvertes de graves brûlures occasionnées par un générateur électrique domestique à la maison. Comme la plupart des enfants de Gaza, Hady paie le prix du blocage sioniste de l'enclave qui n’autorise qu’une entrée, goutte-à-goutte, d’articles humanitaires de base, dans le territoire, et est exacerbé par une crise du carburant, qui a coupé la production d’électricité, jusqu'à 12 heures, par jour.
Le blocus a, d’ores et déjà, anéanti l’économie de Gaza, puisque tout accès lui est refusé aux marché extérieurs et qu’elle est privée d’investissements et d’emplois. La majorité des 1 million 700.000 habitants ont été poussés dans une pauvreté chronique et les enfants, en premier lieu, leurs vies rendues encore plus difficiles par la crise du carburant. Yasmine El Khoudary, jeune bloggeuse de Gaza, se décrivait, récemment, comme appartenant à une «génération aux yeux bandés», physiquement séparée du monde extérieur et psychologiquement ravagée par les effets de l’isolement et de l’impuissance.
Les coupures d’électricité sont une constante de la vie sous blocus, intensifié par l'entité sioniste , en 2007, avec de lourdes restrictions des livraisons de fuel à l’unique centrale électrique de Gaza. Le gouvernement à Gaza est devenu dépendant des fournitures importées par les tunnels de contrebande entre la frontière sud de l’Egypte, à Rafah et la bande de Gaza. Mais, depuis février, la durée et la régularité des coupures ont augmenté, car l’Egypte a freiné la contrebande de carburant. Les raisons invoquées sont un manque de fuel, dans le Sinaï, et Le Caire prétend que les tunnels ne conviennent pas, pour importer des biens industriels.
Ce qui est indiscutable, ce sont les effets de la crise sur les services et les soins hospitaliers, Oxfam laissant entendre que Gaza «est proche d’un effondrement total des services essentiels», la situation sanitaire atteignant des «proportions catastrophiques» (février 2012). Pour les enfants, la crise a créé un nouvel éventail de problèmes à négocier. Sans électricité, l’eau à usage domestique n’est pas pompée, ce qui impose aux jeunes la corvée d’aller chercher de l’eau, dans des seaux, pour l’usage sanitaire, pour la cuisine et la lessive. Pour les foyers qui ont accès au carburant, pour les générateurs domestiques, il y a le bourdonnement incessant des moteurs et un risque, pour la santé des enfants. Mais pour la majorité des jeunes Gazaouis, les principales frustrations des coupures d’électricité sont le manque de lumière, pour lire et étudier le soir et l’accès réduit à un ordinateur et à l’Internet. Dans ce territoire, où l’éducation est considérée comme le premier moyen d’échapper à la pauvreté, les coupures d’électricité peuvent être, à la fois, handicapantes et décérébrantes, avoir un impact négatif sur les performances scolaires et le développement des jeunes.
Un récent rapport de Save the Children note que 58 % des enfants scolarisés à Gaza souffrent d’anémie, dont 10 % sont sujet à une «malnutrition chronique». Du point de vue de l’hygiène, «rien qu’en 2012, trois enfants se sont noyés dans des bassins à ciel ouvert d’eaux usées qui ne peuvent être adaptés de manière adéquate aussi longtemps que le blocus empêche le développement de l’hygiène», et des affections liées à l’hygiène comme la fièvre typhoïde et la diarrhée sont en augmentation (2012:3). Il ajoute que « c’est une question de priorité urgente pour la santé et le bien-être des enfants de Gaza : Israël doit lever le blocus dans sa totalité pour permettre la libre circulation des personnes et des marchandises à l’entrée et à la sortie de Gaza y compris vers la Cisjordanie et Jérusalem-Est ».
Le système éducatif de Gaza assiégé
Avec 44 % de sa population en-dessous de 14 ans, le système éducatif assiégé de Gaza se bat pour s’en sortir avec tant d’étudiants. L’UNRWA fournit des services de santé et d’éducation à 1.100.000 réfugiés de Gaza ainsi que de l’aide alimentaire et en cash. L’UNRWA est devenu le principal fournisseur de services éducatifs aux enfants de Gaza et il a actuellement 221.000 écoliers du cours élémentaire et préparatoire dans 243 écoles pourvues de 7.700 enseignants. Ces écoles enseignent le programme local mais ont introduit des compléments pour pallier des manquements à la norme en mathématiques et en arabe, de même qu’un programme consacré aux droits humains. L’instituteur en chef de l’une des écoles préparatoires à Gaza-Ville soulignait certains des problèmes auxquels est confrontée son équipe dans une région tellement peuplée où la pauvreté est endémique. Un problème crucial est la taille des classes où les enseignants travaillent avec des classes en surnombre et ne peuvent accorder l’attention individuelle dont ont besoin les élèves. En outre, la taille de la population étudiante et le manque de bâtiments neufs signifient que 90 % des écoles travaillent en double service, c’est à dire que les élèves suivent les cours une demi-journée puis cèdent la place à d’autres enfants utilisant le même bâtiment, le matin ou l’après-midi. Résultat : il est devenu excessivement difficile pour ces écoles d’offrir aucun type d’activités hors-programme aux élèves, qui reçoivent quelquefois un accompagnement dans des centres communautaires locaux.
Les écoles sont aussi confrontées aux problèmes psycho-sociaux des enfants, dont beaucoup subissent les effets psychologiques résiduels des bombardements et de l’invasion par Israël en 2008-2009. Selon l’organisation israélienne B’tselem pour les droits humains, 344 mineurs ont été tués par les militaires israéliens pendant l’opération « Plomb Durci » sur un total de 1.390. Mais les abus contre des enfants n’ont pas cessé depuis, l’ONG Defence for Children International (DCI) décrivant 30 autres cas de mineurs abbattus par balles «alors qu’ils collectaient des matériaux de construction ou travaillaient non loin de la clôture frontalière entre Gaza et Israël» dans la période du 26 mars 2010 au 27 décembre 2011. Cette exposition à la violence et au stress a des conséquences sur la santé mentale des jeunes, qui se manifestent par de la peur, de l’insomnie, de l’hypertension et un manque de motivation. L’UNWRA a recruté 228 conseillers pour travailler dans les écoles, les centres de santé et les centres communautaires, mais c’est insuffisant vu le type de conseil à long terme nécessaire pour gérer le stress et la taille de la population scolaire de Gaza.
Hélas, l’opportunité récréative la plus importante pour les enfants, le programme des jeux d’été annuels de l’UNWRA, a été supprimé cette année en raison de coupures budgétaires. Ces jeux d’été sont normalement offerts à 250.000 enfants dans un environnement sûr et structuré qui offre théâtre, sport, musique et danse dans 200 lieux différents. Le programme a terriblement manqué aux enfants pendant les fortes chaleurs estivales des camps de réfugiés surpeuplés qui restreignent fortement les occasions de distraction par rapport au sinistre cadre du béton gazaoui....